mardi 29 novembre 2016

Les bactéries seront nos futurs antibiotiques

Pour la première fois, un traitement "antibiotique" par utilisation de bactéries a prouvé son efficacité sur des organes infectés.

E. coli
La résistance aux antibiotiques développée par les bactéries infectant les humains et les animaux d'élevage est devenue un problème aigu de santé publique : au moins 700 000 personnes meurent dans le monde tous les ans faute d'un traitement antibiotique efficace, et si une parade n'est pas trouvée, on estime à 300 millions le nombre de décès d'ici 2050.
Or une équipe britannique vient de démontrer que dans la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques, l'humanité pourrait compter sur un nouvel allié : les bactéries elles-mêmes.

Bactérie contre Bactérie

En effet, ce n'est pas parce qu'on est une bactérie qu'on ne va pas se battre à mort contre d'autres bactéries (d'une espèce différente), notamment en les parasitant pour se nourrir et se reproduire - à l'instar de ce qu'elles font avec nous. Et à condition que les bactéries prédatrices ne soient pas pathogènes pour l'homme, elles constitueraient ainsi une nouvelle arme à notre disposition.
Concrètement, les chercheurs ont sollicité les services de Bdellovibrio bacteriovorus, une famille de bactéries vivant dans l'eau et le sol, découverte en 1962 : ces petits bâtonnets avec flagelle ont la capacité de pénétrer à travers la membrane d'autres bactéries (celles dites à Gram négatif). Dans l'hôte, elle se multiplie, avant que la couvée ne ressorte au bout de quelques heures en laissant une carcasse plutôt vide.

La "tourista"

Les chercheurs ont utilisé cette aptitude de Bdellovibrio pour tester sa capacité à détruire la bactérie Shigella flexneri, l'une des responsables de ce qu'on nomme populairement "la tourista" (1 million de morts par an), résistante à de nombreux antibiotiques.
L'expérience s'est faite dans un organisme vivant, à savoir des larves de poisson zèbre, auxquelles les chercheurs avaient préalablement injecté une dose létale de Shigella. Ils ont ensuite injecté au même endroit une colonie de Bdellovibrio et ont alors observé (vidéos à cliquer) que la population de Shigella décroissait voire disparaissait, permettant à la plupart des larves de survivre.

Une alliance de raison

Mieux encore, ils ont constaté que dans cette lutte contre Shigella, une alliance de circonstance s'était conclue entre Bdellovibrio et le système immunitaire des larves ("globules blancs" ou leucocytes) : Bdellovibrio affaiblissait la population de Shigella et les globules blancs donnaient l'estocade finale.
Grande mangeuse de bactéries à Gram négatif, dont les redoutables Escherichia coli et Salmonella, Bdellovibrio avait déjà prouvé dans le passé sa capacité à éliminer ou affaiblir des infections bactériennes dans l'estomac de poulets. Mais c'est la première fois, soulignent les chercheurs, que l'efficacité de ces bactéries est testée par injection dans des organes spécifiques.

Élimination des anciens alliés

Puis, les alliés d'hier étant les ennemis de demain, quelques heures après la fin des combats contre Shigella, le système immunitaire des larves a réglé son compte à la population de Bdellovibrio, ce qui est une condition nécessaire pour assurer l'innocuité du traitement chez l'hôte.
Si les chercheurs soulignent tout de même que l'utilisation effective de bactéries contre des infections bactériennes humaines et animales ne saurait résoudre à elle seule la crise de la résistance aux antibiotiques - ils faudra développer des stratégies multiformes telle l'utilisation de virus bactériophages et poursuivre le développement de nouveaux antibiotiques - leur résultat ouvre une perspective très optimiste.

Merci Wikipédia!!! XD.

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