jeudi 10 novembre 2016

Android : Google rejette fermement les accusations de Bruxelles

Depuis juin, l’exécutif européen accuse le mastodonte américain d’abuser de la position dominante de son système d’exploitation « open source » Android.


Dans sa réponse envoyée jeudi à la Commission européenne, le géant répond point par point aux accusations d’abus de position dominante via Android. Le désaccord est total : pour Google, « Android n’a pas nui à la concurrence, mais l’a au contraire favorisée. »

Bruxelles n'aurait décidément rien compris : « Android n'a pas nui à la concurrence mais l'a au contraire favorisée ». A elle seule, cette phrase, issue d'un  long billet posté ce jeudi sur son blog par Kent Walker, senior vice-président de Google, résume la réponse que vient d'apporter le géant américain à la Commission Européenne... et l'ampleur de leur désaccord.

Depuis juin, l'exécutif européen accuse le mastodonte américain d'abuser de la position dominante de son système d'exploitation « open source » Android, qui équipe plus de huit téléphones mobiles sur dix dans le monde. Ce cas n'est qu'un des trois pans du vaste bras de fer en cours : deux autres enquêtes de l'intransigeante commissaire à la Concurrence, la danois Margreth Vestager, visent des abus de position dominante dans les comparateurs de prix (Google Shopping) et dans la publicité en ligne (Adsense). 
Mais des trois, ce dossier est le plus sensible - Google a réalisé l'an dernier 11 milliards de dollars de chiffre d'affaires en recettes publicitaires sur des terminaux mobiles - et le plus stratégique : plus de la moitié du trafic Web a désormais lieu sur mobile et cette part augmente. L'enjeu financer est conséquent. 

Bruxelles fonderait ses accusations sur une vision partielle et erronée

Sa ligne de défense pour Android est de la même veine que celles déjà présentées la semaine dernière dans les dossiers Google Shopping et Adsense : Bruxelles fonderait ses accusations sur une vision partielle et erronée de l'écosystème et de l'impact réel de ses pratiques.
Bruxelles accuse Google d'obliger les fabricants de téléphones et de tablettes à installer une bonne partie de son propre écosystème sur Android (l'installation du Play Store, pour télécharger des applications, est par exemple conditionnée à celle de Chrome et de Search) ? Que nenni : « Un fabricant n'a pas l'obligation de pré-installer des applications Google sur un téléphone Android. Nous proposons aux constructeurs une suite permettant aux utilisateurs d'accéder aux outils de base qu'ils s'attendent à trouver. Les concurrents d'Android, dont l'iPhone d'Apple ou les Windows Phone de Microsoft, font (...) la même chose. Un utilisateur peut retirer n'importe laquelle de nos applications quand il le souhaite. Et rien n'empêche les fabricants et les opérateurs de pré-installer leurs propres applications concurrentes aux côtés des nôtres (...) Il n'y a pas de verrouillage de marché », rétorque le billet de Kent Walker, qui résume le lourd dossier envoyé à la Commission.

« L'écosystème Android concilie soigneusement les intérêts »

Google obligerait les fabricants de terminaux mobiles à n'utiliser que sa version d'Android - indispensable pour préinstaller notamment Chrome ou Google Maps -, empêchant ainsi le développement de versions alternatives ? 
Mauvaise analyse, selon Google : « La Commission sous-estime les dangers auxquels la fragmentation (NDLR : inhérente à l'open source) exposerait l'écosystème mobile. c'est la clé des conditions imposées : nos accords de compatibilité, basés sur le volontariat, donnent aux développeurs l'assurance que leurs applications fonctionneront de façon homogène sur des milliers de modèles de téléphones et de tablettes. Ils permettent également de stimuler la concurrence entre appareils Android, mais aussi avec les iPhone. Cela permet de maintenir un écosystème sain pour les développeurs », répond la firme.

Conclusion : loin de nuire à l'écosystème des applis, comme le lui reproche Bruxelles, « l'écosystème Android concilie soigneusement les intérêts des utilisateurs, des développeurs, des fabricants, et des opérateurs mobiles. » A remettre en cause cet équilibre, l'exécutif européen prendrait au final le risque d' « envoyer des signaux, involontaires, favorisant des écosystèmes fermés plutôt que des modèles ouverts... Cela signifierait moins d'innovation, mois de choix, moins de concurrence et des prix plus élevés ». Soit l'exact opposé du but que dit viser Bruxelles. 

« Le verrouillage de marché n'est pas avéré »

En appui, Google pointe enfin que les consommateurs n'ont pas à s'en plaindre et savent faire leurs propres choix : « ils disposent d'un choix sans précédent d'applications » et « depuis 2011, des applications offrant des fonctionnalités similaires à celles de notre suite applicative ont été téléchargées presque 15 milliards de fois. Encore une fois, le verrouillage de marché n'est pas avéré ».
La Commission européenne a confirmé jeudi à l'AFP avoir reçu la réponse de Google. Conformément à la procédure, « nous allons l'examiner avec soin avant de prendre toute décision », a indiqué une porte-parole, précisant qu'elle ne pouvait pas « à ce stade préjuger du résultat final de l'enquête »
A Bruxelles, personne ne doute toutefois que la Commission ne finisse par sanctionner d'une amende conséquente Google, tant Margreth Vestager fait montre de détermination et se dit en possession d'un dossier solide. La firme californienne pourrait être sommée de régler une amende très salée, d'un montant maximal de 10 % de son chiffre d'affaires.

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